Analyse
de la rupture prochaine du pool central IPv4 au niveau de l'IANA
et son Impact sur la région AfriNIC
Depuis quelques années, des études
sont faites pour tenter d’évaluer les dates de la rupture
du pool IPv4 central au niveau de l’IANA et de ceux des registres
régionaux. Celles de Geoff Huston par exemple publiées
sur http://www.potaroo.net/tools/ipv4/
projettent la rupture du pool d'adresses IANA pour à peu
près le 26 Juillet 2011. (Vu le 27 Février 2007 à
7:59 UTC +10 – A noter que le site en question calcule en
temps réel la date probable de rupture du pool en fonction
des allocations d’IANA aux RIRs).
Au vu des ces données et d’autres
disponibles [1], il y a indéniablement
matière à inquiétudes auprès des opérateurs
de réseaux IP. Des questions telles que : Que se passera-t-il
á la date estimée si les opérateurs ne peuvent
plus obtenir des adresses IP publiques ? Faudra-t-il des réserves
d'adresses au niveau local et même d’IANA pour palier
au plus urgent ? agitent les esprits.
Face à ces questions, des Opérateurs
dans la région APNIC (Asian Pacific Network Information Centre)
ont proposé une procédure visant á coordonner
et à planifier la rupture du pool IPv4 central (http://www.apnic.net/docs/policy/proposals/prop-046-v001.html).
Mais au-delà des approches de coordinations centralisées
de la transition, il reste des inquiétudes pas explicitement
abordées et soulevées dans la communauté notamment
dans les régions dites émergeantes où Internet
est en plein essor, où des nouveaux registres tels que AfriNIC
et LACNIC sont en charge de la gestion des ressources Numériques.
Certaines de ces questions sont :
1. Que peuvent faire les "petits" registres,
et dans le cas de ce document, AfriNIC, pour assurer à sa
communauté l'accès á des Adresses IPv4 même
en cas de rupture du pool de l'IANA
2. A quoi ressemblera l'univers de la gestion des
ressources après la rupture du Pool central d'IANA et de
celui d'AfriNIC?
3. Et la solution IPv6?
Ce document a pour objectif de passer en revue
ces différents points en se basant sur des données
de la Région Afrique et de lancer les bases de quelques solutions
tout en laissant le débat ouvert pour une contribution de
la communauté.
Il est presque certain maintenant qu'à la
rupture du pool des registres, un marché noir se développera
avec sa loi de l'offre et de la demande qui ne sera pas favorable
aux ISPs des régions des “petits registres”.
Il est aussi presque évident que comme pour
IPv4, le déploiement naturel de IPv6 dans les communautés
concernées battra de l'aile, malgré les mesures prises
pour l'encourager.
1) Analyse de la situation:
Pour répondre aux questions soulevées
plus haut et dans le contexte spécifique d'AfriNIC, nous
avons choisi d'analyser l'allocation des adresses IPv4 par AfriNIC,
faire des projections sur la rupture définitive du pool d'AfriNIC
suite à celle d'IANA, et voir sur ces bases comment se préparer
et gérer cette échéance sans précédent.
Pour cela nous avons analysé les allocations
faites à partir du préfixe 41/8 alloué à
AfriNIC en Avril 2005 par l’IANA et mis en exploitation le
1er février 2006. Nous avons analysé les allocations
sur la période de 12 mois (1er février 2006 au 1er
février 2007), pour y déterminer le taux de consommation
et faire des projections (figure 1).

Figure 1: Cumul des allocations du 1er
janvier 2006 au 1er février 2007
Afin d'étudier le type ou modèle
d'évolution que présentent les allocations, nous avons
procédé à une représentation à
l'échelle logarithmique des données (figure 2). La
période du 9 avril 2006 au 1er Novembre 2006 (soit 211 jours)
montre un comportement linéaire indiquant une croissance
exponentielle.

Figure 2: Cumul des allocations du 1er
février 2006 au 1er février 2007 au format logarithmique
Le taux de croissance instantané des allocations,
dérivé de la formule X(t)=X0ekt est de 0,29%. Le reste
du graphe montrant des comportements similaires à des niveaux
plus élevés. Une façon de modéliser
l'évolution globale est d'étendre le modèle
exponentiel au reste de la période (du 2 Novembre 2006 au
1er février 2007), soit sur 302 jours au total.
La figure 3 représente les graphes des données
réelles et celui des données obtenues avec notre modèle.
Le résultat au 1er février 2007 des deux graphes nous
rassure sur l'applicabilité de notre modèle.
Le modèle ainsi confirmé, il suffira
de l'utiliser pour faire des projections sur les dates suivantes:
1 - Date de qualification pour une nouvelle requête
d’un nouveau /8 auprès de l'IANA (50% du bloc actuel),
2 - Date de rupture du pool que représente le bloc 41/8
Pour ce faire, nous faisons comme les études
citées au début, l’hypothèse de la constance
des conditions et taux d'allocation actuels.
Le modèle indique qu’AfriNIC sera
à un taux d’utilisation de 50%, soit aura alloué
8 388 608 d’adresses IP vers 22 avril 2008 (soit après
environ 2 ans 2 mois), date à laquelle AfriNIC sera qualifié
pour recevoir un nouveau /8 de l’IANA. Voir graphe de la figure
4.

Figure 3: Graphe du cumul des allocations
du 1er février 2006 au 1er février 2007 et modélisation

Figure 4: Projection de la date d'allocation
de 50% du pool actuel
En prenant un taux de fragmentation de 10% dans
les allocations (adresses non allouées), AfriNIC épuisera
son pool (après une allocation de 15099494.4) vers
le 11 Novembre 2008, soit après 2 ans 9 mois.

Figure 6: Projection de la date de rupture
du pool actuel
AfriNIC devrait demander un nouveau /8 à
l'IANA vers les 22 avril 2008, ce qu'il devra avoir car à
cette date, le pool d'IANA devrait permettre d'honorer cette requête.
Le nouveau bloc entrera en exploitation vers le
11 Novembre 2008. Vers le 11 janvier 2011, AfriNIC devrait également
solliciter un nouveau bloc qu'il devrait également obtenir.
Le nouveau bloc entrera en service le 11 Août
2011 et sera épuisé vers le 11 Avril 2014.
Voila la situation si le taux d’utilisation
actuel est maintenu et que tout se passe comme prévu dans
les prévisions sur le pool de l'IANA.
Mais, à quoi risque de ressembler la réalité
?
2) Un peu d'histoire sur l'adressage IP
dans la région AfriNIC.
A cela s'ajoutent des facteurs comme la taille
de nos FAI qui en fonction du marché et surtout la situation
économique des pays ne représentent pas grande chose.
Cette situation était aussi accentuée
par l'inadaptation des procédures d'allocation d'adresses
par les registres qui servaient les diverses sous-régions
du continent.
Néanmoins il est à noter que ce tableau
sombre de l'utilisation des adresses publiques IP a commencé
récemment à évoluer grâce à plusieurs
facteurs nouveaux tels que:
- La création du Registre régional Internet africain
- La disponibilité de connexion à large bande
dans de plus en plus de pays Africains
- L'accès à la fibre optique dans de nombreux
pays.

Figure 7: Distribution globale des adresses IPv4
Mais malgré ses progrès sensibles
notés, notre région présente toujours l'un
des faibles taux d'utilisation d'adresses IP. Tout ceci est accompagné
par une grande indifférence de la majorité des acteurs
dans notre communauté aux problématiques liées
au système d'adressage de l'Internet en particulier et la
gouvernance Internet en général.
3) Que se passera-t-il ?
Il est fort probable que la perspective de cette
rupture déclenche dans les autres régions, notamment
(ARIN, RIPE NCC et APNIC), une pression sur les LIRs et les RIRs,
avec comme conséquence une accélération des
consommations dans ces régions et par conséquent une
rupture plus rapide du pool de l'IANA qui est normalement prévue
pour le 25 juillet 2011.
Si cela se produit un an à l'avance, soit
le 25 Juillet 2010, alors la requête d'AfriNIC du 11 janvier
2011 ne sera plus satisfaite pour rupture du pool d'IANA. Alors
le pool d'AfriNIC se viderait en Août 2011 au lieu d'avril
2014.
Revenons maintenant aux questions initiales qui
nous ont conduits dans ces longues et peut-être fastidieuses
études et analyses. Il s'agit de :
1. Que peuvent faire les "petits" registres
et dans ce cas de ce document, AfriNIC, pour assurer à sa
communauté l'accès à des Adresses IPv4 même
en cas de rupture du pool de l'IANA
2. A quoi ressemblera l'univers de la gestion des
ressources après la rupture du Pool central d'IANA et de
celui d'AfriNIC?
3. Qu'en est-il de la solution IPv6?
Le scénario retenu par nos analyses prévoit
la rupture du pool de l'IANA pour le 25 Juillet 2010 et celui d'AfriNIC
pour Août 2011 au lieu d’Avril 2014.
4) Que peut faire AfriNIC pour préparer
cette échéance qui vraisemblablement arrivera plus
tôt que prévue ?
Plusieurs actions sont possibles, nécessitant
des mesures locales, régionales, mais aussi globales. Nous
essayerons dans les lignes qui suivent de jeter les bases de quelques
approches possibles.
a. Sensibiliser la communauté
à la situation et aux problèmes qu'elle pourrait engendrer
pour éviter à nos opérateurs la surprise et
leur permettre de se préparer à cette échéance.
Cette sensibilisation devrait intégrer des solutions à
court et long terme. Dans ce cadre, la création d'un SIG
(Specific Interest Group) consacré à ce problème
et aux solutions basées sur les réalités de
notre région est recommandée.
b. Lancer une campagne active
de récupération des adresses non routées depuis
un certain temps dans le pool d’AfriNIC.
Combien seront-elles ? de combien de mois, d'années
prolongeront-elles la durée de vie du pool?, de quels moyens
dispose AfriNIC pour récupérer ces blocs dont le gros
lot provient des allocations d’avant le système des
RIRs et identifiées comme "Historiques" ?
- Voilà une série de questions qui mérite
une étude approfondie intéressante à mener
dans les prochains jours.
c. Constituer une réserve
dans le pool final pour pouvoir alimenter les infrastructures critiques
dont le bon fonctionnement et le développement sont vitaux
pour l'équilibre du réseau après le 11 Août
2011. Quelle devra être la taille de cette réserve
? La communauté globale s'accordera-t-elle sur la
mise à disposition des RIRs de blocs pour alimenter cette
réserve?
Une nouvelle définition de la notion «
d'infrastructures critiques » serait peut-être nécessaire.
Outre les classiques (Root servers, IXPs), quelles seront les autres
en 2011 ? ; Les réseaux gouvernementaux ou intergouvernementaux
? Les centres de recherches ? Les réseaux médicaux
? Les réseaux de mesures et de prévention de catastrophes
naturelles? ….
d. Ouvrir un débat global
sur l'utilisation des 16 /8 réservées par l'IETF pour
« utilisation future »
e. Ouvrir des discussions sur
une proposition globale pour la gestion du pool restant. Une distribution
équitable du pool restant aux 5 RIRs ?
6) Quelle sera la situation après
le 11 Août 2011 ?
AfriNIC serait donc probablement en mesure d'alimenter
les « infrastructures critiques », mais ne pourra peut-être
pas grand chose pour les autres catégories.
Ces derniers devront affronter le marché
noir des adresses IP et les dures négociations autour des
assignations d'adresses ce qui aura pour conséquence immédiate
un repli abusif vers le NAT dont l'impact négatif sur le
réseau n'est plus à démontrer.
La certification des ressources que les registres
s'emploient à déployer aidera-t-elle à la régulation
du marché ?
En effet, déployée et exploitée,
elle pourrait permettre de fournir des services tels que :
- L'intégrité des ressources transférées
- Les transferts de titres
- l'exclusivité des transferts
- etc.
7) Qu'e est-il de la solution IPv6?
Toutes les solutions énumérées
plus haut et toutes celles qui seront basés sur IPv4 ne seront
que temporaires et ne serviront en réalité qu'à
prolonger de quelques temps l'utilisation de IPv4. La solution demeure
sur une perspective à long terme, la disponibilité
d'une plus large plage d'adresses comme l'offre IPv6. Il est impératif
sinon vital pour la survie d'Internet qu'une attention particulière
soit portée à la prise en compte d'IPv6 dans le déploiement
des réseaux dans notre région.
Cette mobilisation doit être à tous
les niveaux de la chaîne du développement des technologies
de la communications. Les gouvernements ont un rôle primordial
à jouer dans ce domaine en œuvrant clairement pour l'appropriation
et le déploiement de réseaux IPv6-ready dans nos pays.
Il faudra s'engager résolument dans des campagnes d'information
et de formation sur IPv6.
Le SIG recommandé plus haut, devra entre
autre établir une base documentaire fiable à l’intention
des opérateurs sur les mécanismes de transition et
de migration des réseaux vers IPv6 orientée aussi
bien vers les documents IETF que vers d’autres sources crédibles.
AfriNIC a lancé depuis Décembre 2005
une campagne d'information qui a suivi l’allègement
des conditions financières pour les demandes d’allocation
d’adresses IPv6. Tout ceci a permis de former des opérateurs
dans 8 pays Africains, d'accroître de plus 400% le nombre
d'allocation IPv6, mais ceci ne représente que moins de 10%
des réseaux utilisant IPv4. Des statistiques journalières
BGP (http://airrs.afrinic.net/bgp/reports6.html)
montrent que moins de 30% des allocations IPv6 sont visibles sur
Internet.
Le chemin est donc encore long et relève
d'une responsabilité collective.
[1] Une étude
similaire faite par CISCO System mais utilisant des paramètres
différents:
http://www.cisco.com/web/about/ac123/ac147/archived_issues/ipj_8-3/ipv4.html
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